Et dans ses yeux sans fonds où l’on cherche des histoires j’y entendrai les voix qui nous mènent à la lumière, qui nous mènent à la mer

T’étais belle comme le printemps, et quand je m’y replonge je te revoie comme si c’était hier. T’avais l’odeur des champs de fleurs, et je m’y serais perdue des heures entières. Il n’y avait que toi qui pouvait me faire passer des jours courts comme des secondes, si furtifs et si intenses. Je me souviens de tout, de ton sourire arc-en-ciel, mais tu sais, ce qui m’a toujours le plus fascinée, ce sont tes yeux étincelles, ah ça oui, parce que tes yeux souriaient si forts, ils étaient si plein de vie, si plein de tout. J’avais la vie si j’avais tes yeux, l’oxygène et la lumière. Je revois tes mains si longues, si fines, perdus dans les feuilles vertes d’une vie à toute épreuve, ta peau était si douce et tes mains si froides. Quand elle venait se loger dans la mienne, le temps s’arrêtait, et qu’importe la douleur, le monde, la noirceur. Il n’y avait que nos mains étroitement liées, comme le printemps fait naître la vie. J’entends les musiques comme si tu étais toujours là, près de moi, à comprendre chaque son, chaque bout de voix brisée, chaque mot -ou presque… pourquoi ce 4 septembre qui se marie en juin ? Je me souviens des luttes, des espoirs, des hésitations, des lèvres tremblantes, et de nos mains, encore et toujours, comme un défi au monde. Je me souviens de Villefranche, belles et fières. C’était un meilleur qui ne ressemblait plus au pire. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, et que je ne chercherai jamais à expliquer. Tellement de choses ont changé, mais tu restes, toujours. Dans toutes les chansons, dans tous les bouts de vie qui sont plus forts que les pierres, dans tous les mots, chaque étoile, chaque souffle. Et jamais je ne pourrai faire une croix et tirer des trait.

Car rien ne fini l’infini. 

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Belle Isa.

Il y a ses yeux d’un bleu si clair, dans lesquels on pourrait se perdre, ses mots toujours généreux, des bouts de lumière dans ce monde rude et plein de haine. Il y a son écoute, ses épaules qui semblent si fortes, et qui ont pourtant traversé tellement de champs de bataille. Elle a l’oeil aiguisé, elle voit tout, elle entend tout : un mot qui tremble, un regard enseveli de tristesse, une peur passagère. Elle voit et elle réconforte, ses mains sont toujours là pour rattraper les gens au vol, pour donner sans compter. Son esprit est critique sans être blessant. Elle aime ses enfants comme une mère doit le faire. Ses yeux en disent long, à chaque fois qu’elle les pose sur eux, c’est une avalanche d’amour, une éclaircie dans le fond de ses pupilles, c’est un aller sans retour, elle les aime et tout son corps le cri. J’ai toujours trouvé incroyable la façon dont son amour pour eux transperce tout le reste. Si je ne trouvais pas ça aussi beau, j’en aurais surement été jalouse. Elle aime et elle donne, avec ce grand sourire si franc qui n’appartient qu’à elle. Ce sourire, c’est un bouclier contre les ténèbres. Elle est si belle que le ciel doit en pâlir d’envie. Elle est rentrée dans ma vie avant même que je Le connaisse lui, et elle avait déjà une grande place dans mon estime.

Et aujourd’hui je fais un peu partie de sa famille.

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Ce qu’il reste d’enfoui.

 » – J’arrive plus à écrire. C’est à cause de toi !
– Pourquoi ?
– Parce que tu me rends heureuse.
– Essaies d’écrire quand même. Vas chercher ce qu’il y a au fond de toi. »

Le vide. Toujours le vide qui guette quelque part, sinueux, planant. Il est là, et il attend que je tombe. Rien n’est éternel, je le sais bien pourtant, non ? Alors, quand tout ça s’arrêtera un jour, quand je ne saurais plus, à nouveau, où poser mes pas. Quand tous les chemins me sembleront fades, quand je me serai lassée du béton, de la vie minable que nous menons tous, quand le bonheur ne sera plus de taille. Le vide sera là, et il enflera, partout, jusqu’à ce que tout éclate, encore. Dans un souffle épars, sous un ciel bas et lourd, où les éclaircies n’auront à nouveau plus leur place. De quoi ai je peur ? Ai je cessé d’avoir peur ? Bien sûr que non. Mes mains tremblent toujours sous la certitude apparente, mes regrets valsent encore et viennent me chatouiller, parfois, quand la vie est morne, et quand les souvenirs, eux, sont pleins de couleurs. De quoi ai je peur ? De l’ennui, des jours à l’identique, des rêves non accomplis. Je repense à P. qui m’a dit sur le ton de la confidence, en ce jour si spécial qui nous a comblé de bonheur : « tu sais, le temps passe le temps passe, et j’ai peur de mourir sans avoir vécu mes rêves. » Et moi ? Serai je comme ça dans quelques années ? Avec des rêves avortés, sur lesquels je n’aurais jamais su miser parce que je me serai laissée avoir par cette vie sociétaire inutile et ennuyeuse à mourir ? Parce que je me serai laissée bouffer par le béton des villes ?

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Mon Zahir.

Retrouver sa force calme et son air tranquille, après un an d’absence, et retrouver la joie simple d’un moment, d’un rire, d’une confidence. Se rappeler comme il est simple de trouver un air sain et la vie à deux pas, s’asseoir dans l’herbe, pieds nus, chercher des signes dans les nuages, se balader, discuter et se taire. Tout est possible ensemble. Sans jamais ressentir de gêne ou d’ennui, dans le bruit comme le silence. Ses yeux qui voient et qui savent. Ses mots qui retiennent les miens. Elle n’oublie jamais. (Un peu comme toi.) Se rappeler qu’elle fait partie des vrais, de ceux avec qui rien ne peut changer, malgré les dérives, l’absence, les changements. La retrouver comme si c’était hier, avec ce naturel qui nous va si bien.

Ma Line, c’est un peu comme un asile de douceur, de calme, de simplicité et de compréhension dans un monde essoufflé.

Se jurer l’Éternité.

Dans ce monde toujours sombre et en désordre, dans toutes les horreurs des promesses diffames et bafouées, dans les petites éternités qui se transforment en plus jamais… Dans tout ce qu’on ne dit plus, ce que l’on ose plus, dans les faiblesses et les tourments, dans les envies d’en finir… Oui, dans tous ces doutes et incertitudes constants qui gouvernent ce monde affolant… Il y a des choses dont on ne doute pas, des choses qui sont si claires et si pures, que tu peux mettre de côté les méfiances. Comme ses yeux d’une douceur si bouleversante, ou ses mains cotons qui sont toujours là pour réchauffer les miennes. Même quand je suis froide et difficile, même quand mon âme tangue un peu. Il y a ses bras pour porter mon monde. Il y a sa voix pour me rassurer, guider mes pas, chaque jour, toujours plus loin, toujours plus haut. Alors, oui alors, on cesse de douter. On peut y croire, on peut parler d’éternité, on peut savoir qu’il suffit de toujours se battre pour que tout reste aussi beau et aussi lisse. Jamais un ton plus haut que l’autre, jamais de colère au fond des pupilles. Rien que de la douceur, et un amour indéfectible. C’est comme ça, qu’on ne doute plus. Et quand elle nous a posé l’ultime question, je ne pouvais que répondre « oui ». Donner ma confiance comme il m’a donné la sienne le jour où il a décidé de m’ouvrir son coeur ébréché. Lui offrir un toujours, et qui sait, un jour une famille. La notre. Répondre « oui », et me déclarer sienne pour toujours. Fidèle et aimante, dans la joie comme dans la tourmente. Devenir sa femme, et voir cette flamme fière et torride brûler dans ses yeux. Un simple « oui », pour se jurer l’éternité.

Bar caresse.

C’est en écrivant cette lettre que je me suis rendue compte. Ce retour chez moi, c’est un retour dans tout le reste. Mes yeux n’ont que trop bien imaginé, l’espace d’un instant. D’un côté, mon cœur qui palpite, impatient. Revoir les courbes de cette mer foncée, grise parfois. Des arbres toujours secoués par un vent éternel. Ces ruelles que je connais plus que moi même. Qui ont bercé mon enfance, mes amitiés, mes amours, mes crises, mes larmes, mes rires. Les fleurs dans les parterres. La place du village, avec ce bateau en bois, et ce manège idyllique. Les montagnes basses, les roches rouges à certains endroits, les étangs, les petites routes qu’on empruntait. Oui, je revois tout ça. Tout ce familier, et mon cœur, oui, mon cœur palpite d’impatience pour un retour au Pays.
Mais il n’y a pas que ça. Il y a tout le reste. Les souvenirs. Prenants. Partout ! Accrochés à chaque branche. A chaque ruelle. Chaque bout de plage, chaque magasin, et même chez mamie. Ils sont tous là, tous ceux dont j’ai pu faire un minimum le deuil à cause de la distance et du changement. Je sais que je reverrai leur visage dans chaque coin du village, dans les villages d’à côté, et dans toutes ces sorties. Je revois mes années folles où l’été n’était que fête et amusement. Voilà bien longtemps que je ne connais plus ça. Faire la folle jusqu’à n’en plus finir, tournoyer dans le vide, rire aux éclats entourés de gens qui rient avec toi. Je nous revois danser, s’amuser, rire, crier. Nos soirées dansantes, nos churros après la plage, nos bouteilles d’alcool, nos jeux, nos gourmandises, nos confidences. Je revois cette fille avec son grand sourire, nos rire à s’en arracher les mâchoires. Ce grand mec au sourire tordu avec qui on avait partagé tant d’années d’amitié, de complicité, de soutient, de difficultés. Nos délires sur tout et n’importe quoi. Qui venaient et allaient, tout le temps, sans peine. Il y aura elle, aussi, ma moitié de Lune. Qui a toujours compris mon amour pour ce village. Que j’ai traîné dans tous mes coins secrets. Avec qui j’ai passé des temps infinis, hors du temps à ce poste de secours.
Et lui. Lui donc je n’arrive pas à faire le deuil. Il me manque en sourdine, mais quand je serai de retour, quand je retrouverai mon bâton, nos plages, nos lieux. Nos randos. Quand je verrais ses yeux changeants dans les couleurs changeantes de la mer et du ciel. Nos heures d’apprentissage sur la glace. Nos heures de combats, où je n’avais confiance qu’en lui. Nos baignades et nos promenades. Son soutien pendant ces deux ans, soutien sans faille, mais, finalement, je l’ai perdu. Est-ce qu’il pense encore à moi ? Il y aura son visage à chaque coin de rue. Et jamais il ne reviendra. Celui qui était devenu mon ami le plus sincère et le plus important. il me hantera à chaque coin de rue. Mais ne sera nulle part. Je sais déjà d’avance, l’espoir de le croiser partout. Mais il ne reviendra pas.
Et ce maudit réveillon, toutes ces festivités entre amis. Mon dernier vrai réveillon, c’était avec eux. Dans les rires et la folie, la danse, la joie. Aujourd’hui, ces réveillons me semblent mortuaires. Ces réveillons qui me rappellent que je n’ai et n’aurais plus aucun amis avec qui le fêter. Mes yeux pour pleurer, et ma mémoire pour trembler et espérer ce retour au pays.

Ses yeux bien trop sombres.

Des aux revoir, toujours des aux revoir. Alors, les mots comblent le silence, on se dépatouille comme on peut, on se remercie. Je ne l’oublierai jamais, Elle et sa gentillesse extrême, la chance qu’elle m’a donnée, son humour. Mais c’est sur Lui que mes yeux s’attardent le plus, tandis qu’elle me parle, je vois ses yeux à lui, ses yeux bien trop clairs s’assombrir. Et briller. Et tandis que je vacille sur ma chaise, m’asphyxie, souhaite m’enfuir, son regard se pose sur moi avec cette tendresse que j’ai si souvent décelé dans son regard. « Tu es comme ma fille. Celle que je n’ai pas eue et que j’aurais aimé avoir ». Ses yeux brillent, toujours, et je lutte pour que les miens restent secs. Je lutte pour garder contenance devant tant de beau. Je le serre contre moi, et il répond à mon étreinte.
Et que dire maintenant ? Avec qui pourrais-je bien parler avec autant de pertinence et de brutalité du monde, des hommes, de la nature, de la colère, des singes, de l’expérience, de ce qu’on est tous censé être en vérité, tout ce qu’on est plus aujourd’hui. Qui d’autre pourrait comprendre comme lui ? Dans quels yeux bien trop clairs pourrais-je me perdre ? (Non, pas les siens, il n’est plus là, il ne veut plus être là, il ne sera plus jamais là. Et pourtant, je ne serai plus loin de lui désormais, à quelques kilomètres à peine, mais rien ne changera.) Tout ce qu’il m’a donné, je le garderai précieusement au fond de moi. Ce courage et cette compréhension. Cette manie qu’il avait de me pousser à croire que je valais mieux que ce que je croyais. Ses rires tonitruants. Ils resteront là, comme un trésor indélébile. Nos œillades complices, contre tous. Je les garde. Ses extrêmes et ce cœur en or qu’il cachait si bien. Je le garde.

Jusqu’à ce que nos chemins se croisent à nouveau.

Sur ses épaules.

Je l’aime tellement. Lui et son regard d’un bleu azur profondément clair dans lequel je me perds parfois, sans y prendre garde, quand il m’explique des choses trop complexes et que mon esprit se détache de ses mots pour voguer dans l’océan de ses iris. Ses yeux dans lesquels, parfois, passe une ombre que moi seule sait voir, une ombre de lassitude et de dépit, quand il pose les yeux sur le monde, une ombre comme la mienne. Lui et ses mains abîmées par la terre, par le temps, et par les vieilles maladies. J’aime son sourire taquin, quand il fait des remarques destinées à moi seule, parce que moi seule les comprends. J’aime nos échanges complices, nos regards en coin, qui disent « tu as vu ? toi aussi tu as compris ! ». Et puis il y a toutes ses histoires qu’il me raconte, toute cette vie intense déjà loin derrière lui, toutes ses pensées qui ricochent avec les miennes. Quand il me dit qu’il n’a jamais compris, ce monde et ces gens, qu’il ne s’est jamais senti en paix dans ces vies grouillantes et superficielles, qu’il lui a toujours manqué quelque chose, et qu’il a mis du temps à le trouver. Moi, si jeune, j’écoute et je comprends. Je me retrouve lorsqu’il parle du jeune homme qu’il était, douloureux, naturel, en osmose qu’avec la terre, l’air et la mer. Je me retrouve dans ces anciens jeunes pas hésitants, dans ses recherches et ses questionnements, dans ses fuites et sa haine. Les colères dont il me parle, je les connais. La haine contre tous ces gens stupides, aveugles et sourds, j’en serre les dents, tous les jours. Et je me demande si je connaîtrai aussi ses réussites, ses réponses, ses bonheurs. Est ce que je trouverai courageusement ma voie comme il a forcé la sienne ? Ses histoire me montrent courage et ambition. Ses yeux s’illuminent quand il me raconte. J’aime ses récits sûrs et rassurants, ses rires tonitruants. J’aime quand il me regarde avec affection, comme s’il devait me révéler à moi-même, me donner confiance en moi, me montrer ce qu’on ne m’a jamais montré. J’aime quand il me croit capable, qu’il me berce de courage, qu’il m’offre son expérience pour guider mes pas incertains. J’aime nos longues conversations à n’en plus finir, celles qui me manquent avec le monde entier. Nos débats, nos questions existentielles qui n’intéressent que nous.

Sur ses épaules, il m’a laissée m’appuyer pour m’élever plus haut que je pensais pouvoir le faire.  

Et le silence des églises.

T’es bien belle tiens, avec tes croyances et ton Dieu. A essayer de convaincre le monde entier. A essayer de me convaincre. Tu peux bien dire ce que tu veux. J’en ai passé tu sais. Des heures à prier. Devant ma vierge fluorescente, la nuit, dans mon lit. J’en ai fait, des soliloques, des mots muets, des demandes. Elles n’étaient d’ailleurs jamais pour moi, toujours pour les autres. Je lui en ai posé des questions, à ton Dieu. Tout ce que je ne comprenais pas. Je lui demandais. Sans jamais avoir de réponses. Tout ce que j’ai récolté, ce sont mes yeux souillés par ce monde odieux, brutal, égoïste. Par les souffrances et les larmes. Mes larmes. Ton Dieu, il était pas là pour les sécher. Y avait personne pour les sécher. J’étais naïve, et j’y croyais, à un meilleur, à un père protecteur. Ouais, j’y croyais, à ce grand Homme dans le Ciel pour veiller sur nous. Mais dis-moi, sur quoi il veille ton Dieu ?!
Me confesser, ah oui, je l’ai fait. Tu veux que je le refasse ?! Pour qu’il me dise quoi ? Tourne toi vers Dieu. Dieu te pardonne. Dieu est ton père. Dieu est père de tout. Ah, ouais, ça me fait une belle jambe. Ça m’explique carrément l’horreur du monde. L’injustice et les crimes. La nature bafouée. L’être humain dégénéré. Et pitié, me sors pas l’éternel « Dieu nous teste, c’est normal ». Non, c’est trop facile. Ouais, trop facile, comme tous vos « arguments » bidons. Arrête de penser qu’un jour ma foi reviendra. Elle est morte et enterrée. Disloquée. Non, la voix de Dieu ne va pas m’atteindre, soudainement, pour éclairer mon cœur et défaire ce poids traînant sur mes épaules. Tu sais, j’y ai cru de toutes mes forces. J’adorais les églises. La fraîcheur entre les murs. Ce sentiment de paix ambiant. Ce silence. Cette beauté. Je les ai adoré, et encore aujourd’hui, mon cœur tremble un peu quand j’y entre.

Mais tu sais quoi ? Toutes les églises sont toujours fermées.

dieu

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