Petite.

Qu’est ce que tu deviens ? Où es tu ? Est ce que tu es toujours au fond de moi, quelque part ? A quoi tu rêves ? Qu’est ce que tu veux ? Tes ciels ne sont plus si noirs, tes mains tremblent moins. Tu as fini d’attendre, presque, oui, tu as presque fini de l’attendre. Le passé se détache petit à petit, même si tu as toujours peur de l’abandon, des gens, des amours fausses et des yeux vides. Mais chaque jour tu avances un peu plus sur un sentier qui te plait, non ? Non, pas encore, le sentier n’est pas sous tes pieds. Mais dans ta tête, oui. Tu discernes de mieux en mieux qui tu es devenue, ce que tu veux, ce qui te fais du bien. Petit à petit tu te retrouves, loin des routes malmenées par le désespoir et la haine. Mais tu as encore du chemin à faire, des efforts à fournir, de la vie à vivre pour de vrai. Tu n’as pas encore mis tes pas sur ce sentier que tu visualises si bien en toi. Le jour viendra où tu seras loin de tout ce qui t’enferme et t’ennuie. Ce jour où tu seras libre de vivre dans la simplicité, loin de l’agitation, de l’opulence et le futile. Ce jour viendra. En attendant, petite, tu as bien avancé. Chaque pas t’éloigne un peu plus de la noirceur que tu incarnais. Tu parles de choses si noires, mais t’es tu penchée un peu sur toutes ces choses formidables qui t’ont amenée à être celle que tu es aujourd’hui ? Celle que je suis ?
J’ai eu tellement de gens formidables dans ma vie. De passage ou pas, peu importe. J’ai eu de la joie sous la tristesse. L’amour porte mille visages.
Le visage de cet inconnu bien plus vieux que moi dont je ne me souviens plus le nom, qui venait me voir au travail pour me raconter ses histoires de voyage et de vie. Il m’a appris la tolérance et l’amour de la vie, sans chichi, il m’a montré que les apparences sont trompeuses et qu’il faut cesser de se méfier de tous ceux qui semblent différents.
Le visage de papa, toute mon enfance, qui m’a appris la nature, la joie de l’exploration, la liberté et la confiance. Surement que je ne lui dis pas assez tout ce qu’il m’a apportée, tout cet amour sans borne et ces odes à la nature qui ont fait celle que je suis aujourd’hui.
Le visage de Paul, ce fou furieux de la vie. Avec lui j’ai vu et j’ai appris, j’ai retenu son être comme un passionné qui fait l’amour à la vie pendant chaque seconde de son existence, qui ne se laisse emprisonné par aucune limite, aucune barrière, il y a juste la vie, ses envies et lui.
Le visage de Soh, qui berce ma vie depuis toujours me semble t-il, qui m’a apporté des bonheurs innommables, des moments de vie irréels, des passages extraordinaires, des aurores à mes matins d’hiver.
Il y a aussi Méduse, mais je ne peux qu’imaginer son visage. Tout ce que je sais, c’est qu’elle m’a fait sourire à l’humanité en me montrant qu’on pouvait encore faire confiance dans ce monde de brutes et de profiteurs, elle a donné en échange de quelques proses, à tous ces inconnus sur lesquels elle ne savait rien.
Le visage de Grégory, son coeur si grand qu’il a fallu réchauffer à nouveau, ses mains cotons qui m’ont protégée et guérie petit à petit, sa vie liée à la mienne par une promesse de taille.
Le visage de mon Zahir, si douce et si compréhensive. Son coeur si plein d’amour sain et grandiose, sa capacité à comprendre et à embellir toutes les petites choses de la vie, sa patience hors norme et ses doigts de fées.
Le visage de Daniel, ses yeux bleus perçants, ses mots pour me guider et avaient confiance en moi, ça façon se m’élever plus haut que tout ce que j’aurais pu imaginer, nos conversations philosophiques et existentielles.
Le visage d’Isa, si belle et si douce, qui m’apprend la sérénité, le calme, et la tolérance dans chaque situation, la façon qu’elle a d’aimer ses enfants, si intensément, tout le beauté qui ressort de chacun de ses mots, de ses gestes.
Le liste serait trop longue, mais tant de visages gravés dans ma mémoire, qui m’ont apporté ou m’apporte toujours des nuées de couleurs et de vie, qui m’ont faite grandir, avancer, qui m’ont relevée.

Parce que la vie, c’est si beau quand on s’y ouvre.

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Cimetière aseptisé.

Des murs trop blancs, des chambres à l’identique, des couloirs sans fond. Des regards hagards. Des familles aux yeux tristes. Toujours la même rengaine, toujours ces infirmières qui font leur travail avec automatisme. Toujours cette odeur de médicament et d’injection à la vie à la mort. Et mon corps qui tremble de se souvenir, mes yeux qui s’embuent malgré moi ; ces murs, oh ces murs trop hauts et trop blancs. Avec ces fenêtres teintées qui ne laissent pas assez passer la lumière. Pourtant, ces gens là, c’est de lumière dont ils ont besoin. Il marchait vite devant moi, du pas pressé de celui qui veut voir comment va la personne à qui il tient. Et moi, je traînais le pas, de ce pas qui se souvient de sa dernière visite dans ce pré-cimetière pour les presque vivants, il y a quelques années déjà. Oui, pas mal d’années maintenant, et pourtant, en marchant dans ces longs couloirs aux odeurs de la mort, j’ai l’impression d’y être venue à peine hier. Je me souviens de mon indignation : comment peut-on laisser les gens mourir dans cet endroit triste et sinistre ? Enfermés, aseptisés de l’air et de la lumière. Comment ?! Et cette odeur insupportable. C’est bien la même partout. Dans tous ces fichus hôpitaux. Je me souviens aussi de son corps si petit et si frêle dans ce lit qui semblait tout grand. Et pourtant, c’était un petit lit, non ? Je me souviens surtout de ses yeux vides de tout sens, qui nous regardaient sans le faire, qui n’avait plus rien d’humain, plus rien de plein, plus rien de vivant. Je me souviens de mon désarroi et de ma peur. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur qu’on ne soit plus ce qu’on était et qu’on meurt en pantin malheureux.
Lui n’est pas pareil. Quand on est rentré dans la chambre, il était là, il était toujours lui. Seulement frêle et fatigué, mais toujours lui, avec son sourire trop grand pour son visage et ses yeux pétillants. Il nous a fait des blagues, pour nous faire comprendre ou bien nous faire croire que tout allait bien se passer, et qu’il n’allait pas mourir dans ce cimetière aseptisé. Et j’ai eu envie d’y croire.

Parce que personne ne devrait mourir dans ce trou inhumain.

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Ton sourire dans ma vie.

Elle est revenue quand je ne m’y attendais plus, chassant les dernières zones d’ombres bien accrochées à mon coeur. Elle est venue y mettre ses éclaircies, avec son sourire -il était pour moi. Elle a débarqué sans rien dire quand le plus beau jour de ma vie se présentait, et si mon passé de petite fille est à jamais enterré avec le manque de sa présence, mon futur de femme marchera à côté d’elle. Elle est revenue quand je n’y croyais plus, et elle a tout accepté sans broncher ; mes colères, mes reproches, mes orages, mon incompréhension. Je la revois ce jour si spécial, tout près moi, les yeux pleins de larmes face au torrent des miens. Elle était là, se défendant coûte que coûte contre mes attaques quand bien même elle avait défié le monde pour me rejoindre malgré 6000 kilomètres de distance. Elle avait l’air si sincère et si désolée, si forte et si fragile à la fois, et moi, je n’étais qu’une petite fille perdue qui voulait être sure de retrouver sa maman pour de vrai. Pour de bon. Pour vivre l’histoire d’amour grandiose entre une mère et sa fille comme je l’avais toujours imaginé. Je me souviens de tous ces mots, mais ce dont je me souviens le plus, c’est de son étreinte. Elle m’a serrée dans ses bras sans aucune distance, sans aucune raideur, elle était la, juste contre moi, ses bras qui m’entouraient robustement, et elle essuyait tous mes chagrins. J’imagine que c’est là que j’ai su qu’elle me revenait pour de bon. Elle qui ne répondait jamais à mes étreintes, celle ci était une porte ouverte sur un futur plein de changement. Et je suis fière d’être sa fille quand je vois toutes les épreuves qu’elle a traversé. Le sourire qu’elle a gardé. Le bien qu’elle a fait. Et qu’importe les erreurs si on embelli l’avenir ensemble. Et même si les traces du passé ne s’effacent pas encore entièrement, même s’il reste des zones d’ombres ou de rancoeur, ce qui me tient le plus à coeur aujourd’hui, c’est d’avancer ensemble, et de remplir toutes ces cases qu’on a laissé vacantes.

Parce que tu sais, je n’ai toujours voulu que toi.

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C’était un regard si clair et si proche du mien, c’était une main sur mon épaule et des mots pour m’apprendre.

Je repense à ses yeux bien trop clairs, son bleu azur et perçant, qui se fixaient sur moi avec confiance et tendresse. Tout ce qu’il m’a appris, la façon dont il m’a élevée, mois après mois, en me poussant à être moi et à me faire confiance. L’amour qu’il m’a donné quand on riait de choses que nous seuls pouvions comprendre, quand ses confessions et la fragilité sous la force se faisaient apercevoir, quand il m’a serrée dans ses bras la dernière fois que l’on s’est vu. Et qu’il m’a dit que j’étais la fille qu’il n’avait jamais eu.
Je repense à la chance que j’ai eu de le connaître, mais surtout de lui plaire assez pour rentrer dans sa sphère si difficile d’accès. J’ai la nostalgie de nos discussions interminables, de son rire tonitruant, de ses conseils avisés et de sa vision du monde. Je me retrouvais en lui, comme dans un vague souvenir d’enfance dont il aurait dépassé les limites, il a connu mes doutes il y a bien longtemps, et il a tout surpassé. Je repense à sa force, sa sagesse et ses solutions à chaque malaise, ses pertes, ses batailles et toutes ses victoires.

Je repense à ses mots qui manquent aux miens.

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Et dans ses yeux sans fonds où l’on cherche des histoires j’y entendrai les voix qui nous mènent à la lumière, qui nous mènent à la mer

T’étais belle comme le printemps, et quand je m’y replonge je te revoie comme si c’était hier. T’avais l’odeur des champs de fleurs, et je m’y serais perdue des heures entières. Il n’y avait que toi qui pouvait me faire passer des jours courts comme des secondes, si furtifs et si intenses. Je me souviens de tout, de ton sourire arc-en-ciel, mais tu sais, ce qui m’a toujours le plus fascinée, ce sont tes yeux étincelles, ah ça oui, parce que tes yeux souriaient si forts, ils étaient si plein de vie, si plein de tout. J’avais la vie si j’avais tes yeux, l’oxygène et la lumière. Je revois tes mains si longues, si fines, perdus dans les feuilles vertes d’une vie à toute épreuve, ta peau était si douce et tes mains si froides. Quand elle venait se loger dans la mienne, le temps s’arrêtait, et qu’importe la douleur, le monde, la noirceur. Il n’y avait que nos mains étroitement liées, comme le printemps fait naître la vie. J’entends les musiques comme si tu étais toujours là, près de moi, à comprendre chaque son, chaque bout de voix brisée, chaque mot -ou presque… pourquoi ce 4 septembre qui se marie en juin ? Je me souviens des luttes, des espoirs, des hésitations, des lèvres tremblantes, et de nos mains, encore et toujours, comme un défi au monde. Je me souviens de Villefranche, belles et fières. C’était un meilleur qui ne ressemblait plus au pire. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, et que je ne chercherai jamais à expliquer. Tellement de choses ont changé, mais tu restes, toujours. Dans toutes les chansons, dans tous les bouts de vie qui sont plus forts que les pierres, dans tous les mots, chaque étoile, chaque souffle. Et jamais je ne pourrai faire une croix et tirer des trait.

Car rien ne fini l’infini. 

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Belle Isa.

Il y a ses yeux d’un bleu si clair, dans lesquels on pourrait se perdre, ses mots toujours généreux, des bouts de lumière dans ce monde rude et plein de haine. Il y a son écoute, ses épaules qui semblent si fortes, et qui ont pourtant traversé tellement de champs de bataille. Elle a l’oeil aiguisé, elle voit tout, elle entend tout : un mot qui tremble, un regard enseveli de tristesse, une peur passagère. Elle voit et elle réconforte, ses mains sont toujours là pour rattraper les gens au vol, pour donner sans compter. Son esprit est critique sans être blessant. Elle aime ses enfants comme une mère doit le faire. Ses yeux en disent long, à chaque fois qu’elle les pose sur eux, c’est une avalanche d’amour, une éclaircie dans le fond de ses pupilles, c’est un aller sans retour, elle les aime et tout son corps le cri. J’ai toujours trouvé incroyable la façon dont son amour pour eux transperce tout le reste. Si je ne trouvais pas ça aussi beau, j’en aurais surement été jalouse. Elle aime et elle donne, avec ce grand sourire si franc qui n’appartient qu’à elle. Ce sourire, c’est un bouclier contre les ténèbres. Elle est si belle que le ciel doit en pâlir d’envie. Elle est rentrée dans ma vie avant même que je Le connaisse lui, et elle avait déjà une grande place dans mon estime.

Et aujourd’hui je fais un peu partie de sa famille.

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Ce qu’il reste d’enfoui.

 » – J’arrive plus à écrire. C’est à cause de toi !
– Pourquoi ?
– Parce que tu me rends heureuse.
– Essaies d’écrire quand même. Vas chercher ce qu’il y a au fond de toi. »

Le vide. Toujours le vide qui guette quelque part, sinueux, planant. Il est là, et il attend que je tombe. Rien n’est éternel, je le sais bien pourtant, non ? Alors, quand tout ça s’arrêtera un jour, quand je ne saurais plus, à nouveau, où poser mes pas. Quand tous les chemins me sembleront fades, quand je me serai lassée du béton, de la vie minable que nous menons tous, quand le bonheur ne sera plus de taille. Le vide sera là, et il enflera, partout, jusqu’à ce que tout éclate, encore. Dans un souffle épars, sous un ciel bas et lourd, où les éclaircies n’auront à nouveau plus leur place. De quoi ai je peur ? Ai je cessé d’avoir peur ? Bien sûr que non. Mes mains tremblent toujours sous la certitude apparente, mes regrets valsent encore et viennent me chatouiller, parfois, quand la vie est morne, et quand les souvenirs, eux, sont pleins de couleurs. De quoi ai je peur ? De l’ennui, des jours à l’identique, des rêves non accomplis. Je repense à P. qui m’a dit sur le ton de la confidence, en ce jour si spécial qui nous a comblé de bonheur : « tu sais, le temps passe le temps passe, et j’ai peur de mourir sans avoir vécu mes rêves. » Et moi ? Serai je comme ça dans quelques années ? Avec des rêves avortés, sur lesquels je n’aurais jamais su miser parce que je me serai laissée avoir par cette vie sociétaire inutile et ennuyeuse à mourir ? Parce que je me serai laissée bouffer par le béton des villes ?

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Mon Zahir.

Retrouver sa force calme et son air tranquille, après un an d’absence, et retrouver la joie simple d’un moment, d’un rire, d’une confidence. Se rappeler comme il est simple de trouver un air sain et la vie à deux pas, s’asseoir dans l’herbe, pieds nus, chercher des signes dans les nuages, se balader, discuter et se taire. Tout est possible ensemble. Sans jamais ressentir de gêne ou d’ennui, dans le bruit comme le silence. Ses yeux qui voient et qui savent. Ses mots qui retiennent les miens. Elle n’oublie jamais. (Un peu comme toi.) Se rappeler qu’elle fait partie des vrais, de ceux avec qui rien ne peut changer, malgré les dérives, l’absence, les changements. La retrouver comme si c’était hier, avec ce naturel qui nous va si bien.

Ma Line, c’est un peu comme un asile de douceur, de calme, de simplicité et de compréhension dans un monde essoufflé.

Se jurer l’Éternité.

Dans ce monde toujours sombre et en désordre, dans toutes les horreurs des promesses diffames et bafouées, dans les petites éternités qui se transforment en plus jamais… Dans tout ce qu’on ne dit plus, ce que l’on ose plus, dans les faiblesses et les tourments, dans les envies d’en finir… Oui, dans tous ces doutes et incertitudes constants qui gouvernent ce monde affolant… Il y a des choses dont on ne doute pas, des choses qui sont si claires et si pures, que tu peux mettre de côté les méfiances. Comme ses yeux d’une douceur si bouleversante, ou ses mains cotons qui sont toujours là pour réchauffer les miennes. Même quand je suis froide et difficile, même quand mon âme tangue un peu. Il y a ses bras pour porter mon monde. Il y a sa voix pour me rassurer, guider mes pas, chaque jour, toujours plus loin, toujours plus haut. Alors, oui alors, on cesse de douter. On peut y croire, on peut parler d’éternité, on peut savoir qu’il suffit de toujours se battre pour que tout reste aussi beau et aussi lisse. Jamais un ton plus haut que l’autre, jamais de colère au fond des pupilles. Rien que de la douceur, et un amour indéfectible. C’est comme ça, qu’on ne doute plus. Et quand elle nous a posé l’ultime question, je ne pouvais que répondre « oui ». Donner ma confiance comme il m’a donné la sienne le jour où il a décidé de m’ouvrir son coeur ébréché. Lui offrir un toujours, et qui sait, un jour une famille. La notre. Répondre « oui », et me déclarer sienne pour toujours. Fidèle et aimante, dans la joie comme dans la tourmente. Devenir sa femme, et voir cette flamme fière et torride brûler dans ses yeux. Un simple « oui », pour se jurer l’éternité.

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