Se jurer l’Éternité.

Dans ce monde toujours sombre et en désordre, dans toutes les horreurs des promesses diffames et bafouées, dans les petites éternités qui se transforment en plus jamais… Dans tout ce qu’on ne dit plus, ce que l’on ose plus, dans les faiblesses et les tourments, dans les envies d’en finir… Oui, dans tous ces doutes et incertitudes constants qui gouvernent ce monde affolant… Il y a des choses dont on ne doute pas, des choses qui sont si claires et si pures, que tu peux mettre de côté les méfiances. Comme ses yeux d’une douceur si bouleversante, ou ses mains cotons qui sont toujours là pour réchauffer les miennes. Même quand je suis froide et difficile, même quand mon âme tangue un peu. Il y a ses bras pour porter mon monde. Il y a sa voix pour me rassurer, guider mes pas, chaque jour, toujours plus loin, toujours plus haut. Alors, oui alors, on cesse de douter. On peut y croire, on peut parler d’éternité, on peut savoir qu’il suffit de toujours se battre pour que tout reste aussi beau et aussi lisse. Jamais un ton plus haut que l’autre, jamais de colère au fond des pupilles. Rien que de la douceur, et un amour indéfectible. C’est comme ça, qu’on ne doute plus. Et quand elle nous a posé l’ultime question, je ne pouvais que répondre « oui ». Donner ma confiance comme il m’a donné la sienne le jour où il a décidé de m’ouvrir son coeur ébréché. Lui offrir un toujours, et qui sait, un jour une famille. La notre. Répondre « oui », et me déclarer sienne pour toujours. Fidèle et aimante, dans la joie comme dans la tourmente. Devenir sa femme, et voir cette flamme fière et torride brûler dans ses yeux. Un simple « oui », pour se jurer l’éternité.

Re-devenir.

Mon coeur qui tressaille. J’ai reconnu sur le champs la bulle qui s’est ouverte. Pour aller voir souvent ce qu’il devenait, je la connais cette photo. Mon coeur a dérapé. Mes doigts ont tremblé. N’osaient pas ouvrir cette petite bulle. A quoi aurais-je droit ? Reproches ? Haine ? Amitié ?
Qu’on se revoit. Vraiment ? Suis-je si mal réveillée que mes yeux inventent des mots ? Non, non, il y a bien tes mots sous mes yeux. Et mon coeur qui bat doucement. Ma vie serait-elle devenue si parfaite qu’après ma Lulle, ma mère, tu reviendrais toi aussi combler les quelques vides qu’il reste dans ma vie ?
Arrête Cy. Attends. S’il te plait. N’aies pas trop d’espoir. Tu avais promis que l’espoir ne te tiendrait plus. Ne lui laisse pas une chance de t’achever encore.
Mais pourtant.
Et hier encore. Sur cette route que j’ai tant prise. Sur cette sortie de nationale où ton village s’affichait en lettres noires. Où mes yeux s’embuaient de souvenirs. Et te voilà aujourd’hui, comme un mirage auquel je n’ose pas croire.
Et mon âme qui attend.

Bar caresse.

C’est en écrivant cette lettre que je me suis rendue compte. Ce retour chez moi, c’est un retour dans tout le reste. Mes yeux n’ont que trop bien imaginé, l’espace d’un instant. D’un côté, mon cœur qui palpite, impatient. Revoir les courbes de cette mer foncée, grise parfois. Des arbres toujours secoués par un vent éternel. Ces ruelles que je connais plus que moi même. Qui ont bercé mon enfance, mes amitiés, mes amours, mes crises, mes larmes, mes rires. Les fleurs dans les parterres. La place du village, avec ce bateau en bois, et ce manège idyllique. Les montagnes basses, les roches rouges à certains endroits, les étangs, les petites routes qu’on empruntait. Oui, je revois tout ça. Tout ce familier, et mon cœur, oui, mon cœur palpite d’impatience pour un retour au Pays.
Mais il n’y a pas que ça. Il y a tout le reste. Les souvenirs. Prenants. Partout ! Accrochés à chaque branche. A chaque ruelle. Chaque bout de plage, chaque magasin, et même chez mamie. Ils sont tous là, tous ceux dont j’ai pu faire un minimum le deuil à cause de la distance et du changement. Je sais que je reverrai leur visage dans chaque coin du village, dans les villages d’à côté, et dans toutes ces sorties. Je revois mes années folles où l’été n’était que fête et amusement. Voilà bien longtemps que je ne connais plus ça. Faire la folle jusqu’à n’en plus finir, tournoyer dans le vide, rire aux éclats entourés de gens qui rient avec toi. Je nous revois danser, s’amuser, rire, crier. Nos soirées dansantes, nos churros après la plage, nos bouteilles d’alcool, nos jeux, nos gourmandises, nos confidences. Je revois cette fille avec son grand sourire, nos rire à s’en arracher les mâchoires. Ce grand mec au sourire tordu avec qui on avait partagé tant d’années d’amitié, de complicité, de soutient, de difficultés. Nos délires sur tout et n’importe quoi. Qui venaient et allaient, tout le temps, sans peine. Il y aura elle, aussi, ma moitié de Lune. Qui a toujours compris mon amour pour ce village. Que j’ai traîné dans tous mes coins secrets. Avec qui j’ai passé des temps infinis, hors du temps à ce poste de secours.
Et lui. Lui donc je n’arrive pas à faire le deuil. Il me manque en sourdine, mais quand je serai de retour, quand je retrouverai mon bâton, nos plages, nos lieux. Nos randos. Quand je verrais ses yeux changeants dans les couleurs changeantes de la mer et du ciel. Nos heures d’apprentissage sur la glace. Nos heures de combats, où je n’avais confiance qu’en lui. Nos baignades et nos promenades. Son soutien pendant ces deux ans, soutien sans faille, mais, finalement, je l’ai perdu. Est-ce qu’il pense encore à moi ? Il y aura son visage à chaque coin de rue. Et jamais il ne reviendra. Celui qui était devenu mon ami le plus sincère et le plus important. il me hantera à chaque coin de rue. Mais ne sera nulle part. Je sais déjà d’avance, l’espoir de le croiser partout. Mais il ne reviendra pas.
Et ce maudit réveillon, toutes ces festivités entre amis. Mon dernier vrai réveillon, c’était avec eux. Dans les rires et la folie, la danse, la joie. Aujourd’hui, ces réveillons me semblent mortuaires. Ces réveillons qui me rappellent que je n’ai et n’aurais plus aucun amis avec qui le fêter. Mes yeux pour pleurer, et ma mémoire pour trembler et espérer ce retour au pays.

Ses yeux bien trop sombres.

Des aux revoir, toujours des aux revoir. Alors, les mots comblent le silence, on se dépatouille comme on peut, on se remercie. Je ne l’oublierai jamais, Elle et sa gentillesse extrême, la chance qu’elle m’a donnée, son humour. Mais c’est sur Lui que mes yeux s’attardent le plus, tandis qu’elle me parle, je vois ses yeux à lui, ses yeux bien trop clairs s’assombrir. Et briller. Et tandis que je vacille sur ma chaise, m’asphyxie, souhaite m’enfuir, son regard se pose sur moi avec cette tendresse que j’ai si souvent décelé dans son regard. « Tu es comme ma fille. Celle que je n’ai pas eue et que j’aurais aimé avoir ». Ses yeux brillent, toujours, et je lutte pour que les miens restent secs. Je lutte pour garder contenance devant tant de beau. Je le serre contre moi, et il répond à mon étreinte.
Et que dire maintenant ? Avec qui pourrais-je bien parler avec autant de pertinence et de brutalité du monde, des hommes, de la nature, de la colère, des singes, de l’expérience, de ce qu’on est tous censé être en vérité, tout ce qu’on est plus aujourd’hui. Qui d’autre pourrait comprendre comme lui ? Dans quels yeux bien trop clairs pourrais-je me perdre ? (Non, pas les siens, il n’est plus là, il ne veut plus être là, il ne sera plus jamais là. Et pourtant, je ne serai plus loin de lui désormais, à quelques kilomètres à peine, mais rien ne changera.) Tout ce qu’il m’a donné, je le garderai précieusement au fond de moi. Ce courage et cette compréhension. Cette manie qu’il avait de me pousser à croire que je valais mieux que ce que je croyais. Ses rires tonitruants. Ils resteront là, comme un trésor indélébile. Nos œillades complices, contre tous. Je les garde. Ses extrêmes et ce cœur en or qu’il cachait si bien. Je le garde.

Jusqu’à ce que nos chemins se croisent à nouveau.

Sur ses épaules.

Je l’aime tellement. Lui et son regard d’un bleu azur profondément clair dans lequel je me perds parfois, sans y prendre garde, quand il m’explique des choses trop complexes et que mon esprit se détache de ses mots pour voguer dans l’océan de ses iris. Ses yeux dans lesquels, parfois, passe une ombre que moi seule sait voir, une ombre de lassitude et de dépit, quand il pose les yeux sur le monde, une ombre comme la mienne. Lui et ses mains abîmées par la terre, par le temps, et par les vieilles maladies. J’aime son sourire taquin, quand il fait des remarques destinées à moi seule, parce que moi seule les comprends. J’aime nos échanges complices, nos regards en coin, qui disent « tu as vu ? toi aussi tu as compris ! ». Et puis il y a toutes ses histoires qu’il me raconte, toute cette vie intense déjà loin derrière lui, toutes ses pensées qui ricochent avec les miennes. Quand il me dit qu’il n’a jamais compris, ce monde et ces gens, qu’il ne s’est jamais senti en paix dans ces vies grouillantes et superficielles, qu’il lui a toujours manqué quelque chose, et qu’il a mis du temps à le trouver. Moi, si jeune, j’écoute et je comprends. Je me retrouve lorsqu’il parle du jeune homme qu’il était, douloureux, naturel, en osmose qu’avec la terre, l’air et la mer. Je me retrouve dans ces anciens jeunes pas hésitants, dans ses recherches et ses questionnements, dans ses fuites et sa haine. Les colères dont il me parle, je les connais. La haine contre tous ces gens stupides, aveugles et sourds, j’en serre les dents, tous les jours. Et je me demande si je connaîtrai aussi ses réussites, ses réponses, ses bonheurs. Est ce que je trouverai courageusement ma voie comme il a forcé la sienne ? Ses histoire me montrent courage et ambition. Ses yeux s’illuminent quand il me raconte. J’aime ses récits sûrs et rassurants, ses rires tonitruants. J’aime quand il me regarde avec affection, comme s’il devait me révéler à moi-même, me donner confiance en moi, me montrer ce qu’on ne m’a jamais montré. J’aime quand il me croit capable, qu’il me berce de courage, qu’il m’offre son expérience pour guider mes pas incertains. J’aime nos longues conversations à n’en plus finir, celles qui me manquent avec le monde entier. Nos débats, nos questions existentielles qui n’intéressent que nous.

Sur ses épaules, il m’a laissée m’appuyer pour m’élever plus haut que je pensais pouvoir le faire.  

Et le silence des églises.

T’es bien belle tiens, avec tes croyances et ton Dieu. A essayer de convaincre le monde entier. A essayer de me convaincre. Tu peux bien dire ce que tu veux. J’en ai passé tu sais. Des heures à prier. Devant ma vierge fluorescente, la nuit, dans mon lit. J’en ai fait, des soliloques, des mots muets, des demandes. Elles n’étaient d’ailleurs jamais pour moi, toujours pour les autres. Je lui en ai posé des questions, à ton Dieu. Tout ce que je ne comprenais pas. Je lui demandais. Sans jamais avoir de réponses. Tout ce que j’ai récolté, ce sont mes yeux souillés par ce monde odieux, brutal, égoïste. Par les souffrances et les larmes. Mes larmes. Ton Dieu, il était pas là pour les sécher. Y avait personne pour les sécher. J’étais naïve, et j’y croyais, à un meilleur, à un père protecteur. Ouais, j’y croyais, à ce grand Homme dans le Ciel pour veiller sur nous. Mais dis-moi, sur quoi il veille ton Dieu ?!
Me confesser, ah oui, je l’ai fait. Tu veux que je le refasse ?! Pour qu’il me dise quoi ? Tourne toi vers Dieu. Dieu te pardonne. Dieu est ton père. Dieu est père de tout. Ah, ouais, ça me fait une belle jambe. Ça m’explique carrément l’horreur du monde. L’injustice et les crimes. La nature bafouée. L’être humain dégénéré. Et pitié, me sors pas l’éternel « Dieu nous teste, c’est normal ». Non, c’est trop facile. Ouais, trop facile, comme tous vos « arguments » bidons. Arrête de penser qu’un jour ma foi reviendra. Elle est morte et enterrée. Disloquée. Non, la voix de Dieu ne va pas m’atteindre, soudainement, pour éclairer mon cœur et défaire ce poids traînant sur mes épaules. Tu sais, j’y ai cru de toutes mes forces. J’adorais les églises. La fraîcheur entre les murs. Ce sentiment de paix ambiant. Ce silence. Cette beauté. Je les ai adoré, et encore aujourd’hui, mon cœur tremble un peu quand j’y entre.

Mais tu sais quoi ? Toutes les églises sont toujours fermées.

dieu

نحن

Quand il sourit comme ça, je me demande, je sais, j’aspire, je succombe. Parce que j’ai gagné, parce que parfois, je sais éclairer son ciel, moi qui ne sait que brûler les âmes de mes doigts tremblants. Parfois, je sais faire naître les bonheurs simples, en bord de ciel. Et quand ses yeux se questionnent, quand son coeur se referme derrière une carapace de béton, quand ses vieux démons ont la peau dure, moi, je sais. Que mes bras resteront solides pour porter son monde. Que je ne lâcherai pas sa main. Que le temps lui prouvera.

« Quand elle me sourit, elle insuffle de la lumière dans un esprit noir et tourmenté.  Elle ôte jour après jour l’emprise qu’ont les ténèbres sur moi, et oblitère les démons dans leurs abysses.  Elle érige des remparts de tendresse et d’amour entre moi et les monstres qui se terraient dans les espaces sombres de ma chambre et qui ont pris une nouvelle forme passée mon enfance. Ses mains et sa peau réchauffent un cœur abîmé, tel un sauveteur acharné luttant pour ranimer un corps depuis trop longtemps sans vie. Je ne peux vivre que dans la lumière, je ne peux vivre sans elle. »

Tu sais.

Tu sais. Tu as toujours été tout, pour moi. Du jour où je t’ai rencontrée, et où je me suis dit « c’est quoi cette fille, qui me ressemble et qui a l’air si forte et si fragile ». J’ai appris à te connaître, oui, par des mensonges, mais je voyais bien qui tu étais au delà, et il y a toujours eu du vrai entre nous. Surtout nous. Ces secondes, ces heures, ces jours, ces mois. C’était les plus beaux de ma vie. Je t’ai aimée comme je ne jamais aimé personne, et comme je n’aimerais jamais personne. Même pas Lui. Ce sera toujours différent.
Tu sais, j’ai toujours été ébahie par nos moments. Ils semblaient tous sortis d’un conte de fée. Tout ce qu’on faisait, tout le temps. Ça virait toujours à la merveille. A l’inattendu. Au beau et au vrai. A la vie sans mesure. Tu m’as fait vivre intensément, tu m’as faite vibrer. Chacun de tes mots m’ont toujours transportée, élevée. Chacun de tes rires n’a cessé de résonner. Tu étais mon chez moi, mon ciel et mes racines, mon tout. Tu étais ma plus belle histoire, et quand j’en parle, tu sais, j’ai les yeux qui brillent. Le cœur qui palpite. Les regrets qui ricochent.
Tu sais, pendant longtemps, j’aurais tout quitté pour toi. J’aurais quitté ses yeux bien trop clairs. Ses sourires de chats. Si seulement tu m’avais parlé. Si tu nous avais donné une chance. Mais lui… Ses sourires cicatrices et ses mains cotons, je ne peux pas lui faire ça. Pour autant, si je pouvais remonter le temps et ne pas faire sa rencontre, c’est ta main que je prendrais.
Tu sais, tu seras toujours dans ma tête. Dans mon ciel. Dans les musiques que j’écoute. Tu seras toujours cet astre solitaire haut dans le ciel qui m’a toujours poussée à l’admiration. Les souvenirs, je les garde. Tous. Je les chéris plus que ma propre vie. J’ai ces bouts de toi-vidéos qui pallient pâlement au manque.

Tu sais, d’une certaine manière, je t’aimerai toujours.

 

S’en aller.

Ce n’est pas avec étonnement que j’ai lu ce long message triste au matin. Ce message que j’attendais. Je repoussais juste la limite, espérant qu’il viendrait plus tard (ou peut-être jamais ?). Alors, les larmes se sont pointées, traîtres, comme si je n’avais pas assez pleuré par le passé. Ce n’est pas non plus avec colère que j’ai lu ces quelques mots d’adieux, car ils étaient sincères, cette fois. Il ne m’est resté que la tristesse infinie d’un départ de plus, d’un abandon de plus, d’une histoire à jamais impossible. De son sourire qui me reste, et me restera toujours. De l’espoir qui ne me quitte jamais entièrement. De mes yeux qui guettent un retour, un mot. Je pense à tous ces mots que je n’aurai plus, à son visage en réel que je ne verrai plus. Et la désillusion qui assassine. Ils partent tous. Toujours. Lui aussi, surement, un jour. Lui, qui, maladroit, tente d’amoindrir ma peine. Qui sèche mes larmes une par une, qui me serre si fort contre lui que je pourrais presque, oui presque croire qu’il ne partira jamais.

Mes mots sont si fatigués, mes attentes si déchues. Cela fait si longtemps que j’ai arrêté de croire. En tout. Rien ne changera jamais.

(Mais, tout ce que je veux, c’est que tu sois heureuse. Prends soin de ton coeur.)

Et si la mort nous sépare.

La mort était juste à côté, aujourd’hui. Tout prêt. Juste là, la porte d’à côté. Elle a pris cette femme fatiguée que je ne connaissais pas vraiment, mais à qui je disais bonjour tous les jours en rentrant du travail. Qui souriait tout le temps. Avec son accent de mama martiniquaise. « La voisine est morte », me dit-il. Et là, tout me frappe de plein fouet. La mort, bien sûr, elle existe ! Elle peut tomber, comme ça, sur n’importe qui. Sur moi, sur lui, sur Elle. Et tandis que je voyais sa fille déchirée, ses yeux engloutis par les larmes, je me demandais : comment elle a mal ? Qu’est ce qu’il se passe, là, dans ses tripes, dans son coeur, dans sa mémoire qui déjà se languit de souvenirs qui n’existeront plus ?

Et moi ? Est ce que je serai triste, si ma mère partait pour un ailleurs inexistant ? Est-ce que ça changerait vraiment quelque chose à son être absent depuis toujours ? Et si mamie partait. Je n’imagine que trop bien les cataclysmes de douleurs et de haine, contre le monde entier, sans pour autant vraiment l’imaginer. Qui serait là de toutes ses langues mensongères qui m’avaient promis de l’être ? Et si lui partait, comment je pourrais croire à un nouveau demain, à une aurore sur mes lendemains, à un avenir tangible ? Si je n’avais plus ses bras, ses mains cotons, et son amour hors-normes pour me tenir debout ? Si je n’avais plus sa force et son courage, pour porter mon monde ? Et Elle. Si ses yeux perdaient à tout jamais leur éclat rieur pour se clore. Moi qui vient tout juste de la retrouver, de récupérer une part de moi qui se mourait jusqu’ici. Que deviendrais-je si je sais que Sohalia n’éclaircirait plus jamais le monde de son ombre lumineuse ? Si je sais que plus jamais ses sourires ne franchiraient ses lèvres, et que ses cheveux ne voleraient plus au vent ?

Et si la mort me prenait, moi, quelle importance, pour qui, pour quoi. Les gens se remettent si vite de tout, quand moi je m’accroche toujours, toujours ; et mes toujours à moi sont bien plus longs. A qui je pourrais bien manquer, de façon viscérale, pour toute une vie ?